Qui est Michel Polnareff, l'enfant prodige devenu star ?

Michel Polnareff pose ses doigts sur un piano à quatre ans. À onze ans, il décroche le premier prix de solfège du Conservatoire de Paris. On tient là un futur concertiste classique, pas une idole de la chanson française des années 60 qui va scandaliser tout un pays. Et pourtant.

Né le 3 juillet 1944, le gamin timide et myope abandonne la voie classique, tape la manche devant le Sacré-Coeur, puis se fait repérer. En 1966, il rencontre Lucien Morisse, le patron d'Europe 1, qui devient son mentor. Dans la foulée sort un premier 45 tours qui va tout changer. Sa voix haut perchée, presque androgyne, ses mélodies d'une richesse rare pour de la variété, son piano partout : Polnareff invente un objet musical que personne n'avait entendu en France.

Il faut se remettre dans le contexte. Les yé-yé régnaient sur les transistors avec des reprises américaines gentillettes. Polnareff, lui, compose des choses complexes, orchestrées comme des symphonies de poche. Le public suit. Immédiatement.

Polnareff Les lunettes blanches, la légende
Michel Polnareff, sa tignasse blonde et ses lunettes blanches devenues sa signature. Illustration Lyroes.

Quels sont les plus grands tubes de Michel Polnareff ?

Le premier coup de tonnerre s'appelle La poupée qui fait non. Sorti en 1966, ce titre au thème d'une jeune fille inaccessible s'installe partout. Puis vient Love me please love me, cette ballade déchirante chantée dans un anglais approximatif que tout le monde reprend quand même à tue-tête.

Ensuite, c'est une avalanche. L'amour avec toi, la même année, évoque le désir avec une franchise qui fait rougir l'ORTF : la chanson est interdite d'antenne avant 22 heures. Scandale numéro un, il y en aura d'autres. Le bal des Laze, mini opéra dramatique de plusieurs minutes, prouve qu'un tube peut raconter une histoire complète. Tous les bateaux, tous les oiseaux, On ira tous au paradis, gospel laïque et jubilatoire qui réconcilie croyants et athées dans le même refrain. Sans oublier Je suis un homme, sorti en 1970, réponse cinglante aux journalistes qui le harcelaient sur son allure et son ambiguïté.

Ce qui frappe, avec le recul, c'est la variété des couleurs. Polnareff passe du rock au gospel, de la ballade au grand orchestre, sans jamais sonner comme un autre. Il écrit, il compose, il produit. Un artisan total, à une époque où beaucoup de vedettes se contentaient de poser leur voix sur les chansons d'usine des autres.

Autre détail qui en dit long : il enregistre une partie de ses disques à l'étranger, cherche les meilleurs studios, les meilleurs musiciens, quitte à s'endetter. Cette exigence de perfectionniste explique la patine si particulière de ses arrangements, cette impression de luxe orchestral qu'on entend rarement dans la variété de l'époque. Elle explique aussi, en partie, les ennuis d'argent qui vont lui tomber dessus. Le génie coûte cher, surtout quand on ne surveille pas la caisse.

Pourquoi Michel Polnareff a-t-il quitté la France ?

Octobre 1972. Pour annoncer son spectacle Polnarévolution à l'Olympia, Polnareff placarde 6 000 affiches dans Paris. Sur l'image, le voilà travesti, les fesses nues. Dans une France encore corsetée, l'affaire tourne au procès. Il est convoqué pour attentat à la pudeur et condamné à 60 000 francs d'amende, une somme énorme, l'équivalent de plus de 9 000 euros d'aujourd'hui, à raison de dix francs par postérieur exposé.

Ce coup marketing génial et catastrophique arrive au pire moment. Car dans l'ombre, l'artiste se fait ruiner. Un homme de confiance qui gérait ses affaires détourne son argent, ne paie pas ses impôts, le laisse exsangue. Polnareff résumera la chose sans détour : il n'est pas parti pour tricher avec le fisc, il est parti parce qu'il ne pouvait tout simplement plus payer. En 1973, il boucle ses valises pour la Californie. Il ne remontera pas sur une scène française avant très, très longtemps.

À ce jeu de la provocation qui vire au drame personnel, il rejoint une longue lignée de trublions de la chanson française qui aiment déranger. La différence, c'est que Polnareff, lui, a payé le prix fort et s'est exilé.

« Lettre à France » : la chanson d'un exilé qui ne peut pas rentrer

De l'autre côté de l'Atlantique, en 1977, il écrit ce qui reste sans doute sa chanson la plus bouleversante. Lettre à France est une déclaration d'amour à un pays qu'il a fui et où la justice l'empêche encore de revenir tranquillement. Le motif du téléphone transatlantique, la distance, le manque : tout y respire la nostalgie d'un homme coincé loin de chez lui.

C'est peut-être là le paradoxe le plus émouvant de sa carrière. Le provocateur qui montrait ses fesses signe l'une des ballades les plus tendres du répertoire. La France qui l'avait condamné se met à fredonner sa lettre d'amour. Le public, lui, n'avait jamais cessé de l'aimer. Ce titre appartient désormais à ces classiques qui ne vieillissent pas, repris de génération en génération.

Les lunettes blanches, la peur de devenir aveugle et le retour de 2007

Impossible d'évoquer Polnareff sans parler de ses lunettes blanches. Ce n'est pas un caprice de star. L'homme souffre d'une myopie sévère depuis l'enfance, et les verres teintés le protègent d'une lumière qu'il supporte mal. Le masque est devenu identité : on reconnaît sa silhouette avant même d'entendre une note.

Au début des années 90, la peur vire à l'angoisse. On lui diagnostique une double cataracte qui menace de le rendre aveugle. Terrifié, il s'enferme des mois durant dans un hôtel de luxe. Une opération, en 1994, finit par lui rendre la vue. Entretemps, il n'a jamais totalement arrêté la musique : Goodbye Marylou, sorti à la fin des années 80, prouve qu'il sait encore fabriquer des tubes à distance.

Et puis vient la résurrection. En mars 2007, Michel Polnareff remonte sur la scène de Bercy après plus de trois décennies d'absence des scènes françaises. Le Ze (re) Tour affiche complet, les fans de toutes les générations chantent en choeur, et le point d'orgue tombe le 14 juillet 2007, avec un concert géant au pied de la tour Eiffel. Le môme du Conservatoire, le banni de 1972, l'exilé de Lettre à France : tout se referme en apothéose.

Ce retour n'a rien d'un caprice de vieille gloire venue encaisser un dernier chèque. Le public découvre un artiste intact, la voix toujours capable de grimper là où plus personne ne l'accompagne, le sens du spectacle chevillé au corps. Beaucoup de ses contemporains ont fini en pilote automatique, à rejouer le même tour de chant pendant vingt ans. Polnareff, lui, a fait de son absence une part de sa légende, puis de son come-back un évènement national. Peu d'artistes de sa génération peuvent en dire autant.

Pourquoi Polnareff est un incontournable des quiz musicaux

Un artiste qui traverse six décennies, qui a marqué chaque tranche d'âge avec un titre différent, forcément, ça fait de la matière à devinettes. Un grand-parent bloque sur La poupée qui fait non, un quadra sur Goodbye Marylou, un ado reconnaît On ira tous au paradis sans savoir de qui c'est. C'est exactement ce genre de patrimoine partagé que Lyroes met en jeu : retrouver l'artiste, le titre, l'année, à partir de quelques indices.

Testez donc vos connaissances sur le répertoire de Polnareff et de toute la chanson française. Vous croyez tout savoir sur le génie aux lunettes blanches ? Voyez si vous tenez la distance face aux autres joueurs. Pour creuser encore, deux sources sérieuses valent le détour : sa fiche biographique complète et les archives de l'INA sur le scandale de 1972, qui valent mieux que bien des légendes.