Johnny Hallyday : pourquoi l'idole des jeunes reste indétrônable
Johnny Hallyday n'est pas une chanson, c'est un pays. Un pays où on roule en Harley, où on porte du cuir noir à 60 ans, où on aime les femmes avec excès et la scène plus encore. Mort le 5 décembre 2017, le rocker français a laissé derrière lui 60 ans de carrière, 110 millions de disques vendus, et un trou que personne n'a comblé. Comment un type né Jean-Philippe Smet en 1943 a-t-il fini par incarner la France populaire mieux que n'importe quel président ?
L'idole des jeunes, un surnom qui a tenu 60 ans
1961. Johnny a 18 ans, une banane sur la tête, et il chante en français un répertoire qui pue le rock américain à plein nez. Le mot yé-yé n'existe pas encore, mais le mouvement est déjà là, et Johnny en est le premier visage. Salut les copains, l'émission de radio puis le magazine, fabrique sa légende en temps réel. Trois ans plus tard, il remplit déjà le Palais des Sports.
Le surnom idole des jeunes aurait dû dater. Logique : à 30 ans, on n'est plus jeune ; à 50, on n'est plus une idole. Sauf que les jeunes de 1962 sont devenus parents, puis grands-parents, et leurs gosses ont continué à venir aux concerts. Six générations, vraiment. C'est ça, la vraie performance.
Du rock à la chanson française : tout digérer, tout franciser
Les puristes diront que Johnny n'a rien inventé. Qu'il a juste recopié Elvis, puis Hendrix, puis Bruce Springsteen. C'est partiellement vrai, et c'est aussi totalement insuffisant. Parce que ce qu'il a fait, c'est traduire le rock en français, dans un pays où la langue résistait, où Brassens et Brel tenaient le haut du pavé.
Et il l'a fait avec une équipe d'auteurs qui ont écrit pour lui des textes solides : Long Chris, Philippe Labro, Michel Mallory, Étienne Roda-Gil, Jean-Jacques Goldman dans les années 80, Pascal Obispo plus tard. Goldman lui signe Je te promets en 1986, et tout le monde redécouvre que Johnny peut chanter. Vraiment chanter. Pas juste hurler dans un micro.
La scène, son seul vrai territoire
Johnny en studio, c'est bien. Johnny en concert, c'est un autre métier. Le Stade de France en 1998 (90 000 personnes, trois soirs), le Parc des Princes en 2003, le Stade de France encore en 2009 pour les 50 ans de carrière. Le record absolu : 700 000 spectateurs pour le concert de la Tour Eiffel en 2000. Gratuit, certes, mais 700 000 quand même.
Et puis il y a Les Vieilles Canailles, ce trio improbable monté en 2014 avec Eddy Mitchell et Jacques Dutronc. Trois rockers cabossés qui s'amusent sur scène comme des gamins. Bercy en 2017, quelques mois avant la fin. Personne ne savait que ce serait la dernière tournée. Lui non plus, peut-être.
Pourquoi Johnny n'a jamais percé à l'étranger
Les Américains ne connaissent pas Johnny Hallyday. C'est un fait que la presse anglo-saxonne adore ressortir, comme une preuve que la chanson française reste un mystère hexagonal. Le Wall Street Journal a même publié une nécro en 2017 intitulée à peu près Le plus grand rocker dont vous n'avez jamais entendu parler.
Pourquoi ce blocage ? Plusieurs raisons. La langue, évidemment : Johnny refusait de chanter en anglais. La concurrence, ensuite : un Français qui fait du rock face à Elvis, Springsteen ou Mick Jagger, c'est compliqué à vendre. Et un détail qui pèse : Johnny est une histoire, pas un son. Sa carrière est faite de couches successives, de scandales, de come-backs, de mariages. Sans le contexte, il reste un bon chanteur. Avec le contexte, il devient un personnage de roman national.
Johnny après Johnny : un héritage qui ne s'efface pas
Depuis 2017, on n'arrête pas d'enterrer Johnny une deuxième fois. Procès en héritage qui traîne entre Laura, David et les enfants Hallyday-Boudou. Album posthume Mon pays c'est l'amour sorti en 2018 (un million d'exemplaires en une semaine). Hommage au Trocadéro, suivi par des millions de Français. Médiathèque Johnny Hallyday à Bercy, qui devient lieu de pèlerinage.
Et puis cette chose plus discrète : à chaque karaoké, à chaque feu de camp, à chaque mariage en province, quelqu'un commence un titre de Johnny et tout le monde reprend. Allumer le feu, Que je t'aime, L'envie, Diego, libre dans sa tête. Les paroles, on les connaît sans les avoir apprises. C'est ça le vrai signe d'une icône populaire : entrer dans la mémoire collective sans demander la permission.
Vous croyez tout connaître de Johnny ? Vérifiez-le
De Souvenirs souvenirs à Marie, en passant par Gabrielle et Sang pour sang : 60 ans de répertoire, ça fait beaucoup à retenir. Si vous avez grandi avec Johnny, vous connaissez probablement plus de titres que vous ne le pensez. Lyroes propose des quiz dédiés aux grandes voix de la chanson française. Vous serez surpris de constater à quel point la mémoire des paroles tient bon, même 30 ans après.

